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La tomographie d'impédance électrique (EIT) est une technique d'imagerie sans perturbation de l'écoulement. Elle reconstruit en temps réel ce qui se passe dans une canalisation ou une cuve, à partir de mesures électriques périphériques. Le capteur s'installe comme un tronçon de ligne : rien ne pénètre dans le fluide, mais l'insertion du tronçon demande une intervention sur la canalisation. Issue du monde médical, elle s'impose aujourd'hui dans l'industrie. Son terrain : les fluides opaques, multiphasiques ou sous conditions extrêmes, là où les capteurs classiques ne voient rien.
Cette page explique le principe de l'EIT et son fonctionnement sur une canalisation industrielle. Elle couvre aussi sa validation en conditions réelles, ses cas d'usage sectoriels et ses limites. Elle se termine par les critères d'intégration d'un capteur EIT dans une installation existante.
Qu’est-ce que la tomographie d’impédance électrique ?
La tomographie d'impédance électrique mesure la distribution de conductivité électrique à l'intérieur d'un volume. Des électrodes placées en périphérie injectent un courant alternatif de faible intensité et mesurent les tensions résultantes. Un algorithme de reconstruction transforme ces mesures en une image en coupe du contenu.
Le principe repose sur une propriété simple : chaque matériau conduit l'électricité différemment. L'eau, le lait, le gaz, un dépôt de tartre ou une bulle d'air n'ont pas la même conductivité. En cartographiant ces différences, l'EIT rend visible ce qu'aucune caméra ne peut voir. L'intérieur d'un fluide opaque en mouvement.
La technique a été développée dans les années 1980 pour l'imagerie médicale, notamment la surveillance pulmonaire en réanimation. Le transfert vers l'industrie s'est fait naturellement. Une canalisation est un cylindre, comme un thorax. Un flux industriel varie en conductivité, comme l'air dans un poumon.
Trois atouts distinguent l'EIT des autres techniques de tomographie.
- Aucun rayonnement ionisant.
- Un coût très inférieur aux rayons X ou à la résonance magnétique.
- Et une résolution temporelle élevée, jusqu'à plusieurs centaines d'images par seconde. C'est cette vitesse qui rend possible le suivi de phénomènes dynamiques comme un écoulement.
L'EIT appartient à une famille plus large, la tomographie de process. Cette famille compte deux techniques sœurs : l'ERT (résistive) et l'ECT (capacitive, pour les fluides non conducteurs). Notre panorama de la tomographie de process détaille leurs différences et la manière de choisir selon vos fluides.
Comment fonctionne un capteur EIT sur une canalisation industrielle ?
Un capteur EIT industriel est un tronçon de canalisation équipé d'électrodes sur sa circonférence interne, monté entre deux brides. Le fluide traverse le capteur sans obstacle. Aucune pièce mobile, aucune restriction de section, aucune perte de charge.
Cette architecture fait du capteur un instrument non intrusif au sens strict. Les électrodes affleurent la paroi, rien ne pénètre dans l'écoulement. La paroi interne reste celle d'une conduite lisse. La distinction entre intrusif, invasif et sans contact est traitée dans notre article sur le capteur non intrusif. Il précise aussi les cas où ce critère devient éliminatoire.
Le cycle de mesure est continu. Des électrodes réparties autour de la section injectent un courant et mesurent les potentiels résultants. Le fluide est ainsi interrogé selon de multiples trajets. La combinaison de ces mesures produit une image de la répartition des phases dans la canalisation. En enchaînant les images, le capteur reconstitue le comportement du flux dans le temps.
La reconstruction d'image est la partie la plus exigeante du système. Elle résout un problème mathématique dit inverse. Il s'agit de retrouver la distribution interne de conductivité à partir de mesures de surface. Historiquement, ce calcul était déporté vers un serveur ou un cloud. Les capteurs de nouvelle génération comme le SCAN42 embarquent le traitement dans l'électronique du capteur. Le résultat est disponible en local, en temps réel, sans dépendance à une connexion externe. Pour les sites sensibles (nucléaire, défense, SEVESO), cette absence de cloud est souvent une condition d'entrée.
Comment la mesure EIT est-elle validée en conditions réelles ?
Par confrontation à des références, dans des conditions représentatives. La validation la plus exigeante de la technologie SCAN42 a été menée dans la filière nucléaire. Elle s'inscrit dans un partenariat avec Framatome et le CEA. Le capteur a été adapté et évalué sur la boucle d'essai Benson. Objectif : quantifier le taux de vide diphasique en conditions représentatives de la branche chaude d'un réacteur à eau pressurisée. La finalité était de valider expérimentalement les codes de simulation d'accident de perte de réfrigérant primaire.
Trois résultats de cette campagne sont publics. Ils résument ce que la technologie sait faire.
La robustesse. Le capteur a été qualifié à 330 bars, intégré dans un manchon sur mesure. Sa résistance aux transitoires thermiques rapides et aux cycles de sollicitation répétés a été validée. Dans cet environnement, aucun capteur commercial disponible ne tenait.
La quantification. Le taux de vide a été mesuré de 0 % à 100 %, par pas de 10 %. Soit une caractérisation complète du domaine diphasique eau-vapeur.
La stabilité. Les mesures sont restées reproductibles sur l'ensemble des séquences d'essai, sans dérive ni recalibrage entre les cycles. Un point décisif pour l'exploitation industrielle, où la maintenance métrologique est un coût récurrent.
Les contraintes mécaniques et thermiques de cette validation sont détaillées dans notre article sur la mesure en haute température et haute pression. Sa portée dépasse le nucléaire. Un capteur qui quantifie un taux de vide à 330 bars sans recalibrage a des marges confortables. La quasi-totalité des procédés industriels opère bien en deçà.
EIT, ultrasons, Coriolis, radiométrie : quelle technologie pour quel besoin ?
L'EIT ne remplace pas les débitmètres, elle mesure autre chose. Un débitmètre Coriolis donne un débit massique précis, un débitmètre ultrasonique un débit volumique. Mais tous deux fournissent une valeur unique et supposent un fluide homogène. L'EIT fournit une image de la section. Elle voit la composition du flux, pas seulement sa quantité.
| Critère | EIT | Ultrason | Coriolis | Radiométrie |
| Grandeur mesurée | Distribution des phases, image de section | Débit volumique | Débit massique, densité | Densité, fraction de phases |
| Fluides opaques | Oui | Limité | Oui | Oui |
| Écoulements multiphasiques | Oui, c'est son terrain | Dégradé | Dégradé au-delà de ~10 % de gaz | Oui |
| Intrusivité | Non intrusif (au sens strict), mais invasif | Non intrusif | Tube de mesure, perte de charge | Non intrusif |
| Source radioactive | Non | Non | Non | Oui, contraintes réglementaires |
| Résolution temporelle | Très élevée | Élevée | Élevée | Moyenne |
| Condition sur le fluide | Phase conductrice requise | Propagation acoustique correcte | Homogénéité | Aucune |
Le choix se résume à une question : avez-vous besoin d'un chiffre ou d'une compréhension ? Pour facturer un volume transféré, un Coriolis reste la référence. Pour comprendre pourquoi un procédé dérive, il faut voir dans la canalisation. Idem pour détecter un bouchon en formation, suivre une interface ou caractériser un écoulement gaz-liquide. C'est le rôle de l'EIT.
Les deux approches sont d'ailleurs complémentaires. La radiométrie offre des performances proches sur le multiphasique. Mais sa source radioactive impose un cadre réglementaire, des autorisations et une logistique lourds. Beaucoup d'exploitants cherchent précisément à les éviter. Le comportement des débitmètres face aux écoulements complexes est détaillé dans notre article sur les débitmètres multiphasiques.
EIT, ultrasons, Coriolis, radiométrie : quelle technologie pour quel besoin ?
L'EIT mesure tout phénomène qui modifie la conductivité locale du fluide. En pratique industrielle, cela couvre cinq familles de mesures.
- Les régimes d'écoulement. Écoulement stratifié, à bulles, à bouchons, annulaire. Chaque régime a une signature visuelle que l'EIT identifie en continu. Cette information est invisible pour un débitmètre.
- Les fractions de phases. Dans un mélange eau-huile-gaz ou eau-vapeur, l'EIT quantifie la part de chaque phase dans la section. C'est la grandeur validée de 0 à 100 %, par pas de 10 %, lors de la campagne Framatome/CEA. Les méthodes de mesure des écoulements multiphasiques sont comparées dans notre article dédié.
- Les interfaces produit. Lors d'un changement de produit, l'EIT détecte précisément le front de transition. Position, épaisseur de la zone de mélange, homogénéité dans la section. Application directe : arrêter de pousser à l'eau au bon moment. Donc réduire les pertes produit et les volumes d'effluents. Une sonde de conductivité date le passage d'un front en un point. L'EIT montre le front lui-même.
- Les dépôts et l'encrassement. Tartre, cires, biofilm : un dépôt modifie la géométrie électrique de la section. L'EIT le détecte avant qu'il ne devienne un bouchon ou une perte de rendement thermique. Son évolution donne une vitesse d'encrassement, donc une échéance d'intervention. Mécanismes et enjeux sont détaillés dans notre article sur l'encrassement des canalisations et échangeurs.
- Les dérives de procédé. Variation de concentration, défaut d'homogénéité de mélange, entrée d'air anormale. Autant d'événements que l'EIT classe et horodate. C'est la matière première d'une maintenance prédictive. Notre article sur la détection de dérive procédé explique comment passer de la mesure à la tendance exploitable.
Dans quels secteurs industriels l’EIT est-elle utilisée ?
- Agroalimentaire et nettoyage en place (NEP/CIP). Le suivi des interfaces produit-eau-solution permet d'optimiser les cycles NEP. Moins d'eau, moins d'effluents, et une validation objective du rinçage. C'est l'un des cas d'usage les plus matures. Il est détaillé dans notre guide du nettoyage en place et illustré par notre cas d'usage laitier nord-américain. Les exigences d'hygiène du secteur sont traitées dans notre article EHEDG et conception hygiénique.
- Chimie et pétrochimie. Suivi de réactions, homogénéité de mélange dans les réacteurs, détection de sédimentation. Et surveillance de lignes de slurry, où l'accumulation de solides menace de bloquer la canalisation.
- Oil & gas. Caractérisation des écoulements multiphasiques eau-huile-gaz, détection de slugs, surveillance des dépôts de cires et d'hydrates. Le secteur qui a historiquement tiré la technologie.
- Nucléaire et énergie. Surveillance de flux dans des environnements où la température, la pression ou la radiation limitent l'instrumentation classique. Les capteurs EIT sans électronique déportée ni pièce mobile y trouvent un terrain naturel. C'est le sens de la qualification menée avec Framatome et le CEA. Elle porte sur la mesure du taux de vide en conditions de réacteur. Au service de la validation expérimentale des codes de sûreté.
- Chauffage, ventilation, climatisation (CVC). Surveillance des boucles à eau chaude et des réseaux hydrauliques. Embouage, qualité du fluide caloporteur, dérives de circuit. Un usage émergent, porté par les exigences de performance énergétique des bâtiments.
Quelles sont les limites de l’EIT ?
L'EIT a trois limites structurelles à connaître avant de choisir la technologie. Les ignorer conduit à des déceptions. Les intégrer au cahier des charges conduit à des projets réussis.
- La résolution spatiale. Une image EIT compte typiquement quelques centaines à quelques milliers de pixels. Très loin d'un scanner à rayons X. L'EIT n'est pas un outil d'inspection fine : elle ne verra pas une fissure de 2 mm. Elle excelle en revanche sur les phénomènes à l'échelle de la section. Phases, interfaces, dépôts, régimes d'écoulement. Sa force est temporelle, pas spatiale.
- La conductivité du fluide. L'EIT requiert une phase continue conductrice. L'eau, même faiblement minéralisée, convient parfaitement. Une huile pure isolante se mesure par la technique sœur de l'EIT, la tomographie capacitive (ECT). Celle-ci exploite la permittivité plutôt que la conductivité. Le choix entre les deux se fait à l'étude du procédé, selon notre panorama des tomographies électriques.
- La calibration. La reconstruction compare chaque mesure à une référence. Une variation de température ou de salinité du fluide déplace cette référence et doit être compensée. Les systèmes industriels modernes intègrent cette compensation en continu. Elle fait néanmoins partie des questions à poser à tout fournisseur. La campagne Framatome/CEA, menée sans recalibrage entre les cycles, illustre le comportement attendu d'un système bien conçu.
Comment intégrer un capteur EIT dans une installation existante ?
L'intégration mécanique se fait par un montage entre brides standard, comme une vanne ou un débitmètre. Le capteur remplace un tronçon de canalisation, sans modification du procédé ni arrêt prolongé.
Trois points structurent une étude d'intégration.
- Les conditions process. Diamètre, température, pression, nature chimique du fluide. Les capteurs industriels actuels couvrent des conditions sévères. La technologie SCAN42 est qualifiée à 330 bars, en environnement nucléaire, avec le CEA et Framatome. Elle est conçue pour les transitoires thermiques rapides. Pour les environnements hygiéniques, les matériaux au contact sont conformes au règlement CE 1935/2004. L'analyse détaillée des contraintes extrêmes figure dans notre article mesure en haute température et haute pression.
- L'interface données. Un capteur EIT embarqué produit deux niveaux d'information. D'abord des indicateurs synthétiques : fractions de phases, alarmes de dérive, détection d'interface. Ils sont transmis au système de contrôle via les protocoles industriels standards, OPC UA par exemple. Le traitement embarqué garantit que ces données restent sur site.
- Le cycle de vie. Sans pièce mobile ni consommable, un capteur EIT ne demande pas de maintenance périodique. Reste à instruire la vérification métrologique dans le temps, selon le référentiel qualité du site. Le comportement sans recalibrage démontré sur boucle d'essai donne le point de départ de cette discussion.
FAQ: La tomographie d’impédance électrique
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Quelle différence entre EIT, ERT et ECT ?
Les trois sont des tomographies électriques. L'ERT (résistive) mesure la seule résistance. L'EIT y ajoute la composante réactive du signal. L'ECT (capacitive) mesure la permittivité et s'applique aux fluides non conducteurs. Le principe d'électrodes en périphérie et de reconstruction d'image est commun aux trois. Notre panorama de la tomographie de process détaille comment choisir selon vos fluides.
L'EIT remplace-t-elle un débitmètre ?
Non, elle le complète. Un débitmètre quantifie le débit, l'EIT caractérise la composition et le comportement du flux. Sur un procédé multiphasique, l'EIT explique ce que le débitmètre ne peut qu'agréger.
Quelle précision attendre ?
La détection d'événements (interface, bouchon, dérive) est la force de la technique. En quantification, la référence publique est la campagne menée avec Framatome et le CEA. Taux de vide diphasique mesuré de 0 à 100 %, par pas de 10 %. Avec des mesures reproductibles cycle après cycle, sans recalibrage. La résolution spatiale reste limitée par rapport à l'imagerie par rayonnement.
Un capteur EIT fonctionne-t-il sur une canalisation métallique ?
Oui. Les électrodes sont isolées de la paroi et en contact direct avec le fluide. Le montage entre brides intègre cette isolation.
Faut-il une connexion cloud ?
Non, pas avec un traitement embarqué. SCAN42 reconstruit et analyse les images dans le capteur. Les données restent sur le réseau industriel du site. C'est une exigence courante en environnement nucléaire, défense ou SEVESO.
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